L'enfant "ingrat"

En psychogénéalogie, « l’enfant ingrat » a sa fonction dans le clan familial et elle est importante mais bien souvent, personne ne s’en aperçoit !

Combien de gens entendons-nous parler de leur enfant en ces termes peu élogieux : « Il est à l’âge ingrat », et surtout « avec tout ce qu’on a fait pour lui/elle, quelle ingratitude » ? …

Ingrat : « in » est un préfixe privatif et « grat » vient de grâce, qui rend grâce, qui remercie.

Un enfant ingrat serait un enfant qui ne dit pas « gracias », qui ne remercie pas, qui ne serait pas reconnaissant. Mais surtout, un enfant ingrat serait un enfant sur lequel il n’y aurait pas de retour sur investissement.
Dernièrement, (vrai de vrai !!!) un de mes voisin m’a dit : « Avec tout ce qu’on dépense pour un enfant, on pourrait s’acheter une maison ! » Wahoo ! Quelle andouille je fais, j’ai perdu trois baraques !!!

Dans ces familles, le positionnement est clair : ce n’est pas de l’amour gratuit, c’est un échange.
On n’élève pas, on ne nourrit pas sans attendre un retour bien spécifique.

Vous remarquerez que tout ce qui est en rapport avec le mot « ingrat » nous renvoie à nos attentes insatisfaites, à notre impuissance. Une balance ou l’investissement serait trop important par rapport au résultat.
Lorsqu’on emploie le mot « ingrat », on est de suite dans l’insatisfaction, la déception, c’est le mot qui dit la révolte de nos attentes inassouvies avec peut-être une pointe de colère. Il y a une sorte de vengeance face à une incapacité : un sol ingrat est un sol aride, désertique, où rien ne pousse, on sait qu’on ne peut pas lutter contre la décision de mère nature… Qualifier le sol d’« ingrat » est la vengeance finale ! Après ce mot, il n’y a plus rien à dire ! Il n’y a plus grand chose à faire non plus ! Le changement ne dépend de nous que de très loin !

Le rôle de l’enfant ingrat au sein du clan familial


Tout enfant s’adapte au rôle qu’on lui demande de jouer pour être reconnu et aimé au sein de la famille.

Dans ce jeu, l’enfant qualifié d’ingrat à un rôle de miroir. Il est le catalyseur de toutes les frustrations et impuissances de la famille.

Pour lui, la partie est perdue d’avance. Cet enfant ne peut pas répondre à toutes les attentes inconscientes du clan familial... d'ailleurs, il n'est pas là pour ça. Il est là pour regrouper tout ce que chacun n’a pas pu réaliser.
C'est une batterie de cuisine qui est déposée sur ses épaules. La charge est trop lourde, les attentes ne correspondent pas aux envies de l’enfant et surtout, elles ne le concernent pas.
Sa rébellion et sa révolte sont perçues comme de l’ingratitude par la famille, cet (ou ces) enfant(s) est un exutoire pour le clan.
Le système familial est sclérosé, sans épanouissement personnel. C’est la patate chaude que chacun donne à l’autre jusqu’à ce qu’elle tombe sur l’enfant « ingrat » qui ramasse toutes les patates.

Nous agissons généralement comme on nous l’a appris, avec parfois quelques changements timides. Même si cela ne nous convient pas, ce statisme conserve le modèle familial, il n’y a pas vraiment d’évolution sauf en cas de prise de conscience. Tant qu’il y aura un enfant dit « ingrat » dans une famille, il y aura des membres de cette communauté qui ne seront pas dans l’amour désintéressé.

Nous sommes tous des enfants ingrats ! C'est-à-dire que nous sommes tous impuissants lorsque des défis disproportionnés nous sont lancés.
Nous justifions notre propre ingratitude mais nous avons du mal à justifier celle des autres.
Chaque famille crée son système de fonctionnement dans lequel est inclus cet enfant.

Dans ce système d’attente, l’enfant qui n’est pas qualifié d’ingrat est simplement celui qui n'est pas dévolu à ce poste ! Mais dans tous les cas, soit il répond exactement à l’attente du clan et n’est donc pas lui-même, soit il a trouvé un compromis entre les attentes de la famille et ses propres besoins.

L’enfant ingrat peut sauver la famille s’il y a une prise de conscience de chacun.
Si chacun se regarde dans le miroir représenté par cet enfant, alors les choses peuvent bouger… et amener la réconciliation… ou se scléroser s’il y a un durcissement dans les pensées ou les attitudes.

Mais souvent la partie est perdue d’avance… le clan veut un ingrat ! C’est plus simple que la remise en question.
Finalement, qui est ingrat ? L’enfant ou le clan ?.... Qui doit remercier ? L'enfant ou la famille ?